La voie lycienne en solo, automne 2015

This is Yann Rochard’s story of his walk of the whole of the Lycian Way in autumn 2015. It’s a 15-page detailed description with photos that you can download as a .pdf file and take with you to enjoy as you explore. You can also use it as a guide to the pensions he stayed in. Download it La Voie Lycienne

Je suis arrivé à Fethiye dans la matinée, après une nuit en bus au départ d’Istanbul pendant laquelle je n’ai pas beaucoup dormi, en tout cas bien moins que mon voisin dont les ronflements ont rythmé le voyage. Je décide donc de commencer par une journée de repos, ce qui n’est pas vraiment banal… Après une sieste réparatrice (Irem pansiyon) je découvre un peu la ville et je trouve le point de départ pour le lendemain.

Fethiye / Ovacik

Première belle montée dans les bois depuis Fethiye, je transpire à grosses gouttes. Ce sera une constante ou presque pendant un mois… J’arrive à Kayakoy, où un ayran est le bienvenu avant de visiter l’impressionnante ville fantôme, désertée par les grecs en 1923. Porté par la curiosité, je grimpe sur un pan de mur qui se dérobe sous mes pieds et paf, c’est la chute ! Je m’en tire avec un bel hématome dans le bas du dos… Je repars sous le soleil et une belle montée dans les bois m’amène jusqu’à une petite prairie où m’accueille une tortue. Endroit idéal pour une pause où je bois à grandes lampées mon troisième litre d’eau de la journée. Les parfums m’enivrent. Première sensation d’émerveillement puis je repars vers Ovacik par un sentier qui serpente dans une forêt de pins. Ca grimpe encore et puis ça descend sur Ovacik, une ville touristique remplie d’anglais.

Ovacik / Faralya

Je rejoins le départ officiel de la likya yolu après une petite demi-heure de mise en jambe. La montée en bord de mer est magnifique, avec une vue incroyable sur le golfe d’Oludeniz. Ca continue sous le soleil avec des vues grandioses sur le Babadağ. C’est le bonheur. Je tombe sur un petit cabanon où mangent quelques turcs. Je m’y arrête et je déguste un gözleme aux herbes et au fromage. Regards et sourires complices… Belle descente ensuite jusqu’à Faralya où je m’arrête au George House. Je discute avec un turc installé ici depuis plusieurs semaines et une famille allemande qui fait un morceau de la likya yolu. Une deuxième journée absolument magnifique (mais vous aller voir que ce sera une constante pendant cette randonnée).

Faralya / Alinca

Jolie descente vers la plage de Kabak. Il est midi, il fait une chaleur incroyable. Je me baigne mais ça ne me rafraichit pas vraiment. Le soleil cogne fort et je gagne les bois pour remonter pendant 3 heures au milieu de pins et des éboulis. C’est dur mais magnifique. J’arrive à Alinca rincé mais heureux et je m’arrête dans une petite pension en bas du village. La vue est sublime. Soupe, pilaf, pomme de terre, crudité, bière et une bonne nuit. Sentiment de plénitude…

Alinca / Sydema / Bel

Chaud chaud chaud ! Superbe journée mais quel cagnât. La descente vers le croisement Gey / Sydema est superbe. Les dénivelées sont costauds, le chemin est plein de cailloux, c’est un peu casse-gueule, mais quelles vues ! Le chemin s’engage un peu dans les terres, à travers des pâturages. Les oliviers sont partout, les odeurs omniprésentes. A Bogaziçi, je fais un petit ravitaillement dans une épicerie sortie d’un autre temps. Je paye mes noisettes et autres fruits secs et la patronne me donne en plus une pomme et une orange… En montant vers Sidyma, je croise une sorte de caméléon. Je ne compte plus les tortues déjà. Les ruines et les tombeaux lyciens au milieu des montagnes donnent une sorte de magie au lieu. Un homme vient vers moi et me propose de venir manger chez lui. J’accepte et nous voici sous une tonnelle, sa femme prépare un repas simple mais somptueux. Nous discutons en anglais et on rigole en observant les chats et les poules qui s’affrontent dans la cour. Je paye quelques TL et je quitte la maison après une poignée de main chaleureuse. Le chemin monte encore un peu avant d’arriver sur une jolie prairie puis sur Alinca. Le jour décline et une femme me fait signe de la suivre. Nous arrivons dans une maison en travaux et elle me demande si je veux dormir ici. J’accepte et je demande « yemek ? ». Le repas va bientôt arriver, le temps de prendre une douche froide : soupe, boulgour, crudités et pain tout chaud. Une chambre fermée avec un lit, c’est rustique mais tellement bon.

Bel / Pydnaï

Copieux petit déjeuner dehors face à une vue magnifique. J’en profite et je traine un peu. Le soleil cogne déjà. Je passe devant une mosquée peinte en rose dans le village et direction Belcegiz, où je dois trouver un point d’eau, par une montée d’une beauté inouïe. Je ne vois même pas le village, je plane ! Des oliviers gigantesques, des ruches, le bourdonnement des abeilles, cette côte magnifique que l’on surplombe avant de descendre au niveau de la mer. J’arrive rapidement à Pydnaï finalement et je m’arrête pour boire dans un bar / restaurant. Il fait une chaleur incroyable. Je demande au patron où je peux installer ma tente. Il me dit où je veux si je mange ici ce soir. Que soit ! Le poisson est délicieux et arrosé de raki. Je finis la soirée avec le patron, sa copine et un pêcheur. Je sais que demain matin, ce sera un peu plus dur…

Pydnaï / Letoon / Gelemis (Patara)

Effectivement, la journée est plus délicate. D’abord, je traine un peu ma carcasse et je transpire mon raki bu hier soir sous une chaleur accablante. Et puis le chemin jusqu’à Letoon n’est pas très agréable : routes ou chemins tout plats et pas très intéressants, qui rentrent dans les terres et n’offrent pas de vues à la hauteur des jours précédents. Je me perds plusieurs fois, il fait extrêmement chaud. Je m’arrête « chez l’habitant » pour boire. C’est l’occasion d’un de ces moments de partage et d’échange malgré la barrière de la langue. C’est même la franche rigolade, je crois que je les fais bien rire à marcher comme ça sous cette chaleur… Je redescends ensuite vers Gelemis le long de la route, en dehors du chemin officiel, mais c’est néanmoins sympa et je croise plusieurs locaux qui ont l’air de me trouver un peu fou avec mon gros sac… Je dégote une pension fort sympathique et j’en profite pour rester une journée pour visiter Patara (c’est magnifique), me baigner, me reposer un peu et fignoler les prochaines étapes.

Patara / Kalkan par la côte

Grosse journée sous une chaleur intense. Quelques passages délicats entre Delikkemer et Kalkan où ça s’apparente plus à de l’escalade. Les roches de schistes sont très coupantes mais il faut bien s’aider des mains… Ca pique un peu ! Je me pause pendant une bonne heure à l’ombre d’un des rares arbres et je me délecte d’une grenade. La vue est magnifique. J’arrive à Kalkan qui est une ville très touristique où je vais pouvoir faire le plein de Efes… Je passe la nuit à la pension Gul, très sympa.

Kalkan / Saribelen

Belle montée matinale en compagnie de plusieurs tortues. Je perds les traces du chemin par moment, je transpire continuellement. Arrivée à Bezirgan, je repère une épicerie et je m’offre un ayran, puis un deuxième. Quelques hommes me parlent mais je ne comprends pas un mot. J’essaye de leur expliquer que je marche depuis une grosse semaine et que je vais jusqu’à Antalya. Manifestement, ils me prennent pour un extraterrestre… Un jeune homme s’approche alors et me dit, en anglais, qu’il est l’imam de Berzigan, qu’il est en formation et qu’il vient d’Istanbul. Je lui explique donc mon périple. « En voiture ? » me demande t-il… Je lui dis que je suis parti pour 5 semaines, avec mon sac à dos. Il est estomaqué. Il me sourit, me serre la main et je crois voir dans son regard une peu de compassion… Je reprends donc mon chemin, qui monte dur et voilà que la pluie arrive. Le chemin redescend fort, ça glisse sur les pierres mouillées et paf, me voilà par terre. Je perds les traces, je me retrouve dans les champs, je tombe dans la terre glaise en voulant escalader un petit vallon. Je sais dans quelle direction je dois aller, mais avec la pluie, la boue et la fatigue, je suis un peu dépité. Je gagne néanmoins Sarribelen et dans le village, une voix m’interpelle « Cey, çey ! ». Un type apparaît alors et m’invite à le suivre jusqu’à une maison où des anglais m’offrent un thé. C’est leur « chirac », leur homme à tout faire. Rencontre inattendue et sympathique. Ils m’expliquent qu’il y a une pension tenue par un couple d’anglais et me passe le téléphone. C’est bon pour dormir au chand ce soir, parce qu’il continue de pleuvoir. Là-bas, je rencontre un couple d’allemands. Eux aussi font la voie lycienne et jusqu’à Kas et nous allons faire un bout de chemin ensemble.

Saribelen / Gökçéoren

Le temps est couvert mais le chemin est très beau. Il traverse des petites vallées cultivées avec des vues sur la mer. En arrivant à Gökçéoren, un type m’attend. C’est Huseyin, qui tient une pension et qui m’amène dans sa R12 jusqu’à chez lui. J’y retrouve mes allemands. Sacré personnage avec une gueule d’acteur et un sourire permanent. Nous mangerons comme des vaches le soir venu, les plats n’en finissent plus d’arriver.

Gökçéoren / Pinarbasi

Le ciel est noir ce matin. Je marche avec mes allemands sur une piste et les premières gouttes tombent quand la pente commence à s’élever. Au bout de quelques minutes, c’est un véritable déluge. Nous nous perdons de vue, la visibilité est de quelques mètres seulement. Je m’abrite un moment sous un abri de fortune, la pluie est torrentielle. Je suis déjà trempé, je repars donc sur le chemin, qui est très étroit et bordé de végétation. A chaque pas, les arbustes déversent leur eau sur moi. Impossible d’échapper à la douche ! J’ai un litre d’eau dans chaque chaussure, j’ai rarement été aussi rincé… Je traverse Phelos sans rien voir, la pluie empêche de voir à 10 mètres. J’arrive enfin à Pinarbasi et frappe à une porte pour demander où se trouve le « café dédé ». L’homme assez âgé qui m’ouvre me dit que c’est ici et compatit de mon état. Les allemands arrivent peu après, dans le même état. Il s’avère que l’homme parle allemand, nous allons rester pour la nuit. Une douche chaude et un repas simple mais délicieux nous attendent. Petit moment de bonheur. On mange dans la chambre, il est 17h… Nous jouons ensuite aux dés. J’apprends par leur intermédiaire que la maison à plus de 200 ans. Ce « dédé » et son épouse sont vraiment sympathiques. Toutes mes affaires sont trempées, mais demain, j’arrive à Kas, j’en profiterai pour laver et sécher le tout.

Pinarbasi / Kas

Remettre ses chaussures et ses vêtements trempés n’est pas très agréable, mais qu’importe. L’arrivée sur Kas est magnifique. Une petite averse me fait sourire, elle ne pourra pas mouiller plus mes affaires ! La vue en arrivant au dessus de Kas est magistrale. Les allemands ont préféré se faire conduire en voiture par Dédé… Après une descente assez raide mais absolument superbe, j’arrive à Kas. Le soleil est revenu, il fait beau. Je m’arrête à une terrasse pour déguster un Efes. Le serveur est un kurde, très sympathique. Il me trouve une chambre dans un hôtel tenu par un ami et me trouve du tabac à rouler. Je retrouve mes allemands. Ils vont rester quelques jours sur place. Nous dinons ensemble le soir en bord de mer. Nos chemins se quittent ici. Salut et merci Nina et Marcus !

Kas / Limanagzi

Je profite de la matinée pour visiter un peu Kas, son théâtre et ses tombes lyciennes. Après un jus de grenade pour faire le plein d’énergie, je file sur Limanagzi. C’est magnifique même si certains passages sont un peu durs, avec des dénivelés importantes et de la terre glaise qui colle aux chaussures… Limanagzi est une petite crique paradisiaque. Seul inconvénient, les prix sont beaucoup plus élevés qu’ailleurs, seuls des bungalows les pieds dans l’eau sont disponibles. Je m’y arrête néanmoins et je profite à fond des Efes et d’un repas devant le match de foot entre Galatasaray et Fenerbaçe. Les tenanciers sont bouillants et supporters de Galatasaray. Mais c’est Fenerbaçe qui marque en premier. Soudain, coupure de courant, plus d’image, plus de lumière. Ca me fait rire mais pas eux. Et après quelques minutes, le courant revient. Galatasaray a égalisé, du coup, les gars sont contents et rient à leur tour.

Limanagzi / Bogazik

Ca monte et ça descend en permanence et c’est absolument superbe. Je passe dans des petites criques insensées. Certains passages sont délicats, avec des roches coupantes (du schiste ?), de la terre qui colle aux chaussures… Il fait très chaud. Je m’arrête à Fakdere pour me réhydrater. L’endroit est superbe… J’arrive enfin à la pension chez Ali, typique. Ali et sa femme sont très sympathiques. Ils m’apportent à manger, avec une Efes, puis vont à la mosquée.

Bogazik / Uçagiz

Encore une journée magnifique, avec de nombreuses tombes lyciennes et des vestiges de villes antiques, à moitié immergé dans l’eau… Le soir, à la pension Cennet, Le père et son fils parlent un peu français. Je dîne avec un couple d’allemands très sympathiques. Nous rigolons bien.

Uçagiz / Demre

La matinée est chouette, j’arrive sur une plage où un type habite là sous une tente. Il est avec des amis qui préparent à manger. L’un d’eux joue du saz et entonne une chanson traditionnelle. C’est beau et très touchant. Le raki est de sortie. Je prends un thé et je repars malgré son insistance. Demain, c’est la montagne. J’arrive à Demre et je trouve un petit hôtel pas cher et je dîne dans un petit restaurant aux milieux des locaux, à côté de l’église Saint-Nicolas.

Demre / Alakilise / Belos / Finike

C’est parti pour trois jours de montagne ! Je fais le plein de provisions et d’eau, 10 litres… Le sac est pour le coup très lourd, mais je n’ai pas le choix, je ne suis pas certain de trouver de quoi me réapprovisionner en route.

Après une heure de marche, me voici à Myra, dont j’observe les habitations creusées dans la roche de loin. Il fait chaud et ça commence à grimper dur. La vue sur la vallée de Myros (rivière de Demre) est extraordinaire. J’ai déjà bu ma ration du jour (3 litres) ou presque… Au sommet, je prends de l’eau d’un puits, mais je me rends compte qu’elle est pleine de petites algues et de larves. Tant pis… J’arrive à Belorën, petit village de montagne avec quelques dizaines d’habitations. Il faut une chaleur torride. J’aperçois une mosquée et je me dis que je vais y trouver de l’eau. Mais le robinet ne coule pas. L’eau est un bien trop précieux ici pour risquer d’en gâcher. Je m’approche d’une maison et je lance un « allo ». Une femme arrive et je lui dis « Su istiyorüm lütfen ». Elle acquiesce et se dirige vers le puit, en revient avec un bidon plein. Elle remplit mes bouteilles, l’eau est claire et pure. Je lui dis « Tchok tesekkür » et je lui souris. Un signe de main et me voilà reparti. Cette eau est une bénédiction, il fait extrêmement chaud et le sentier grimpe fort. Je perds le chemin peu après, au milieu d’un petit vallon boisé. Un berger me hèle et m’indique la direction du bras. « Tesekkür ederim » ! Un peu plus loin, au milieu d’une forêt de pins, j’aperçois une femme prier sur le chemin. Je ne veux pas la déranger, j’attends un peu en retrait. Au bout d’un moment, elle se lève et me fait signe de continuer sur ce sentier. Elle sourit. Deux mondes qui se croisent et se comprennent… J’arrive à enfin à Alikilise, fourbu. Je plante la tente au milieu des ruines (dont une ancienne cathédrale dont il reste un pan quasi entier de mur). L’endroit dégage un esprit particulier. Le jour tombe bientôt et la température baisse rapidement. Je mange un peu de fromage avec du pain, un simit, quelques fruits secs et une pomme. Et je bois de l’eau, car c’est surtout le soir qu’il faut boire pour se réhydrater, sans transpirer ensuite. Il fait froid une fois la nuit venue. Mais je dors très bien, au chaud dans le duvet, sous la tente.

Le lendemain, je pars de bonne heure, la journée à venir est longue. Le temps se couvre et le sentier grimpe follement dans la pente. Le souffle est court et c’est dur garder la trace. Je reviens plusieurs fois sur mes pas, mais même si je sais dans quelle direction je dois aller, je finis par avancer au milieu de la végétation, péniblement, et je ne retrouve pas le chemin. C’est très dur et je dois me restreindre avec l’eau… Ca grimpe encore et encore et puis je retrouve une trace, que je reperds peu après… Les cèdres succèdent aux pins, c’est d’une beauté inouïe. J’arrive à ce qui me semble être le sommet et pourtant, pas de trace… Je suis un chemin qui me semble aller dans la bonne direction mais il s’arrête bientôt. Je reviens sur mes pas et je suis une piste forestière. Je ne sais plus trop où je suis, mais je continue, je vais bien finir pas tomber sur quelque chose que je vais reconnaître. Après deux heures de marche, j’arrive à un village de bergers. Je suis sur la bonne route ! J’atteins Belos alors que la nuit tombe presque. Je bivouaque au milieu des ruines et parmi les chèvres ! Je suis bien fatigué, j’ai marché pas loin de 10h aujourd’hui. Quelques fruits secs, de l’eau et une nuit réparatrice du meilleur effet.

Au matin, les chèvres qui passent à proximité me réveillent. Arrive alors un jeune garçon, je comprends que c’est lui qui garde les chèvres. Il est fasciné par la tente et mon sac à dos. Je lui offre quelques gâteaux secs, il soupèse le sac et la tente, me demande surement plein de choses mais mon turc est trop sommaire pour que je comprenne quoique ce soit. On se sourit, il repart avec ses chèvres. Je fais le tour des ruines de Belos. C’est impressionnant. J’avise un puits ancestral. L’eau est verte et quelques serpents qui ont du tomber flottent à la surface, à moitié décomposés… Je poursuis ma route, direction Finike. Le chemin descend gentiment, au milieu des prairies, vers la côte que j’aperçois au loin. Le chemin croise une route, je m’arrête un moment pour grignoter et boire un peu. Une voiture passe, puis s’arrête un peu plus loin. Un viel homme est au volant. Un gamin sort et arrive vers moi avec 2 oranges, avec un grand sourire. Il repart et la voiture redémarre. C’est ça aussi la Turquie !

Finike / Karaöz

Plutôt que de marcher le long de la route, j’opte pour un dolmus qui va m’amener jusqu’à Mavikent. De là, je reprends ma marche, direction Karaöz. Il fait chaud, mais c’est toujours aussi beau… Après une nuit réparatrice sous la tente, direction Adrasan.

Le chemin descend ensuite dans un lit de rivière asséchée. C’est raide et sauvage, il fait une chaleur incroyable. Je me délecte d’une orange, elle est délicieuse. « Tesekkür ederim ». Je vois un serpent tout vert filer dans les roches. J’arrive à Finike dans l’après midi. Le contraste avec la montagne est saisissant, mais j’en profite pour boire quelques efes bien méritées ! Je vais rester une journée pour me reposer un peu et bien manger. Je sui seul dans l’hôtel mais les tenanciers très gentils et aux petits soins. Ce sont les élections législatives, que l’AKP gagne largement. Le climat est à défaite dans l’hôtel, le serveur me le fait savoir. Il boit du raki avec un couple venu dîner pour noyer leur chagrin. Je leur offre des cigarettes en signe de compassion. Sourires complices.

Karaöz / Adrasan (via Gelidonia)

Le sentier est à l’ombre ce matin, j’apprécie ! Il suit la côte et les vues sont à couper le souffle : des criques, des petites pointes rocheuses le tout sous un soleil levant avec les montagnes en arrière plan… J’arrive au phare de Gelidonia après une montée dans les sous bois. Je m’arrête un moment pour admirer la vue et manger une orange. Ensuite, ça grimpe pas mal et au soleil… Les vues sont sublimes. Le sentier traverse ensuite une forêt de pins, également très jolie (et un peu d’ombre, ça ne fait pas de mal…). J’arrive finalement à Adrasan plus rapidement que ce que je pensais. C’est une petite station balnéaire touristique, mais il n’y a personne ou presque en novembre. Je trouve néanmoins une pension où je partage le repas avec la mère et son fils. Sympa !

Adrasan / Cirali

Après une bonne grimpette dans la matinée, la vue sur l’intérieur des terres montagneuses est superbe. Je passe dans une forêt où à un endroit, tous les arbres sont tombés ou arrachés, stigmates d’une tempête sévère sans doute. C’est ensuite une longue descente, un peu pénible avec cette chaleur, qui m’amène à Olympos. La cité antique est bien conservée, je fais le tour et je rejoins ensuite la plage pour arriver à Cirali.

Cirali / Beycik

Le chemin passe au milieu des « chimareas », flammes qui sortent littéralement de terre. C’est étonnant et beau. Le sentier s’élève et il fait une telle chaleur que je ne m’attarde pas. En haut, j’aperçois face à moi le mont Tahtali. Je pers la trace par la suite et j’arrive finalement à Beycik par la route, en grimpant les lacets sur le goudron brulant… Il fait encore très chaud.

Beycik / Mont Tahtali (Kemer)

Je pars assez tôt le lendemain. Je grimpe pendant presque 5 heures à travers des forêts de pins puis de cèdres magnifiques. Je croise la route d’un serpent magnifique qui glisse sur les épines du sol. Au sommet, je suis fourbu mais la vue est extraordinaire, à 360°. Une averse de grêle arrive ! Je n’ai plus un kopek en poche, aussi, je décide de descendre par le téléphérique pour rejoindre Kemer, sur la côte, où je trouverai un distributeur. La vue depuis le téléphérique est très impressionnante, on a l’impression de tomber dans le vide.

Après une nuit à Kemer (station très touristique sans grand intérêt), je reviens vers le téléphérique en dolmus. Je profite à nouveau de la vue au sommet du mont Tahtali et je reprends mon chemin, direction Gedelme.

Mont Tahtali / Gedelme

La descente est assez raide vers le plateau, c’est plutôt dûr. Le paysage est lunaire, que des cailloux… La suite vers Yalya Kuzdere est plus facile. J’arrive à Gedelme où je vais passer la nuit dans une pension où je croise 2 allemandes.

Goynük / Hisarçandir

Après une heure de plat jusqu’aux gorges, c’est parti pour 1500 mètres de dénivelés, pendant presque 5 heure. Sur la fin, la pente est encore plus forte, c’est assez raide. Mais à ce stade, je tiens une forme du tonnerre… Les sous bois sont superbes et se finissent par une forêt de cèdres. La descente est ensuite beaucoup plus tranquille vers Hisarçandir. Je traverse le village sans croiser personne (ce qui est rare) et je continue un peu pour planter la tente dans une prairie un peu plus loin, après 9h de marche. Il fait un peu froid le soir venu…

Hisarçandir / Geyikbayiri

C’est la dernière étape. Je suis un peu triste que ça se termine déjà. Mais ça va être une sacrée journée, peut-être la plus éprouvante de toutes. Après une descente dans les sous bois où il est délicat de suivre le chemin, j’arrive à une rivière où un barrage est en construction. Je la traverse au milieu des engins gigantesques. S’en suit une énorme montée sur l’autre versant, à en perdre l’équilibre presque parfois ! Grosse suée… La suite se passe dans la forêt, très belle, mais c’est dur, en particulier des passages sur des éboulis, sur de grosses pentes. Je vois un serpent, très beau, et des biches ! Ensuite, grosse descente encore, la plus délicate de toutes certainement. Il ne faut pas avoir le vertige… Ca remonte, ça redescend, je pers les traces et je me retrouve aux milieux de gros blocs de pierres, dans des endroits impraticables parfois. C’est compliqué de se repérer, de franchir les obstacles et de retrouver le sentier. Malgré tout, je retrouve une piste et j’arrive à Geyikbayiri, fin officielle de la voie lycienne. Je vais passer la nuit dans une caravane après avoir bien entendu célébré la fin du chemin avec quelques Efes. L’endroit est un site d’escalade, je discute avec des allemandes le soir et un français, le seul croisé depuis un mois.

Le lendemain matin, je rejoins Antalya par un bus tôt le matin. C’est fini, je suis rincé, mais fier et surtout triste que ça soit terminé. Il m’a fallu un mois tout juste pour parcourir la voie lycienne depuis Fethiye. Une expérience fabuleuse sur plus de 500 km entre mer et montagne, à travers des paysages grandioses et des sites antiques majestueux. Un sentier pour mettre ses pas dans ceux de l’humanité, pour monter haut et descendre bas, pour explorer aussi le plus profond de soi-même. Laisser l’esprit s’évader, les souvenirs s’écouler doucement. Marcher avec ses pensées dans le silence et se régénérer, dans un corps à corps avec sa tête et ses jambes. Se laver l’esprit, en prendre plein les yeux, rencontrer des gens d’une gentillesse incroyable, porter un autre regard, faire peau neuve…

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